Heureux comme un enfant qui peint

Lecture du livre d'Arno Stern – Heureux comme un enfant qui peintC’est le titre du livre écrit par Arno Stern et illustré par les photographies de Peter Lindbergh.

De cette lecture j’ai tiré quelques enseignements que je vous livre ici. J’ai pu confirmer certaines de mes pensées et découvrir de nouvelles idées. J’en reviens surtout à conclure, une fois de plus, qu’il faut faire confiance à l’enfant et peu intervenir dans son activité.

Dans ce livre, Arno Stern nous raconte son histoire. Il nous raconte aussi celles qui naissent dans le Closlieu, un lieu de création, un espace spécifique qu’il a créé pour stimuler et protéger l’émergence de ce qu’il appelle la Formulation.

La Formulation, késako ?

En savoir +

Il s’agit d’une théorie selon laquelle les dessins réalisés par les enfants s’accomplissent selon des lois précises. Il promeut le jeu de peindre qui est un jeu naturel et vital, possible uniquement lorsque l’on est à l’abri des pressions et des influences, qui développe le besoin d’affirmation de soi en même temps que la relation aux autres, dans un parfait équilibre excluant la compétition.

La spontanéité de la trace

Il faut garder en tête que l’enfant trace des formes pour le seul plaisir de les voir apparaître. Il est dans l’instant présent. Il ne doit donc pas nécessairement résulter une « œuvre d’art » !

Si personne ne le distrait, l’enfant fait ce que lui dicte son élan spontané. Alors pour ne pas briser cet élan, il y a tout un tas de choses à savoir .

J’avais déjà lu par-ci par-là qu’il était plus sage de ne pas commenter un dessin, ne pas s’exclamer « Ohhh c’est beau », car l’acte de dessiner n’est pas celui « de faire du beau ». Il est aussi préférable d’éviter d’affirmer « Oh, c’est une maison !», car le tout jeune enfant n’a pas, comme le dit Arno Stern, la conscience de sa forme.

Le risque serait de déstabiliser l’enfant car il tire une leçon de ces commentaires pour ses dessins futurs. Il peut ainsi faire un blocage ou réfléchir à son acte de dessin, ce qui le limiterait dans ses formes.

En l’accompagnant dans ce plaisir sans intervenir, nous, parents ou éducateurs, nous laissons l’enfant se laisser aller à ce plaisir sans retenue et il croit à ce qu’il fait. Il devient sûr de lui et fait l’expérience de son autonomie. Il prend conscience de ses facultés, à nous alors de ne pas considérer ses traces comme l’œuvre d’un artiste et de ne pas relever les éventuelles imperfections.

Arno Stern nous invite à servir l’enfant plutôt qu’imposer son savoir. Car servir, c’est respecter la réalité de l’autre, tandis qu’enseigner c’est l’entraver.

Extrait du livre d'Arno Stern – Heureux comme un enfant qui peint

L’enseignement de l’art

Il semblerait que nombres d’enseignants mettent un point d’honneur à vouloir transformer les enfants en des artistes en miniature produisant des parodies d’art.

La trace spontanée serait donc obsolète.

Combien d’enfants sont lâchés dans la salle d’un musée d’art, obligés de comprendre un tableau abstrait et d’en composer un à leur tour ?

S’ils dessinent, c’est pour produire des pseudo-tableaux, destinés à être exposés afin que des gens les en félicitent, […] gagnants d’un concours patronné par une fabricant de yaourts ou un syndicat d’initiative. Cette triste ambition remplace l’impulsion.

Il évoque aussi l’école maternelle, où l’enfant apprend à se défendre, à partager, à se soumettre à la loi de la collectivité et à être mis en compétition. Dans un tel environnement où on a désappris la sérénité, il devient difficile d’envisager un acte sans résultat mesurable. et de ne pas devenir dépendant du jugement.

Il est dit […] que la faculté d’expression se perd au seuil de l’adolescence. […] La vérité, qu’ils contournent, est bien plus grave, car ce n’est pas à treize, quatorze ou quinze ans que l’enfant cesse d’être spontané. À cause du traitement qu’on lui fait subir, il est déjà stérile à cinq ans et bien éloigné du petit créateur qu’ils présentent avec ravissement.

On a parfois l’impression qu’il jette un peu la pierre aux parents et éducateurs qui influencent et exercent une pression sur l’enfant, mais ce n’est pas sans rappeler que l’erreur commise vient de leur ignorance de la vraie nature de la Trace.

Les adultes privent les enfants de beaucoup de plaisir – non pas par méchanceté mais par ignorance. Ne sachant pas l’existence de la Formulation, ils ne peuvent en déplorer l’absence, ni mesurer la carence qui en résulte.

Il insiste sur le fait de ne pas condamner ceux qui nous ont privé du jeu vital de peindre, qui ont saccagé notre spontanéité.

Et pourtant, après l’avoir lu, on a envie de reprendre tous ceux dans notre entourage qui oseraient intervenir sur l’acte créatif d’un enfant. Je suis moi-même embarrassée quand il m’arrive par mégarde de commenter maladroitement un dessin d’enfant. J’essaie au maximum de détailler ce que je vois : « Je vois un trait bleu. », « Ce trait est petit. », « J’ai l’impression de voir un monsieur. ». Mais j’essaie de ne pas demander ce qu’il a voulu représenter ou lui suggérer de corriger son dessin.

Il n’est pas toujours facile de changer ses habitudes. N’ayant pas envie de rester silencieuse à côté d’une réalisation de ma fille, je lui demande souvent si « C’est beau ? » et lui propose de l’accrocher au mur (peu importe la qualité graphique du dessin). Mais à lire ce livre je me demande si c’est cela qui importe. Peut-être faudrait-il davantage demander si elle a pris plaisir à faire ce dessin / cette peinture ?

Je comprends l’importance de ne pas juger un dessin et de laisser la spontanéité et la satisfaction de l’enfant entière. Peut-être faut-il alors ne rien dire et laisser l’enfant s’exprimer ?

Extrait du livre d'Arno Stern – Heureux comme un enfant qui peint

Le dessin d’observation

Au travers de tous les courants artistiques, l’erreur perdure, selon laquelle le dessin naît de l’observation : selon le concept académique, l’œil capte des images et les dicte à la main ; et donc, le dessinateur entraîné sait bien voir et bien restituer ; sa main est au service l’œil. C’est en vertu de ce concept que le dessin d’observation a été instauré dans l’enseignement et qu’on l’impose aux enfants : il est la notion absolue du dessin pour la plupart des adultes.

Zut alors ! Moi qui ai essayé à tout pris de rattraper mes lacunes en dessin en effectuant les traditionnels cours d’observation, je suis abasourdie !

Des enseignants se sont fait un devoir de faire apprendre à voir. N’ont-ils donc jamais remarqué que l’enfant découvre, enregistre et mémorise plus de choses que l’adulte ne peut proposer à son attention ? – mais certes pas celles qu’il a programmées, ni de la manière souhaitée par l’adulte ?

Arno Stern insiste sur la nécessité d’abandonner ces idées. D’autant plus celle qui est d’ensuite de devoir rendre compte de son dessin, de le soumettre à l’appréciation de l’adulte qui juge : « C’est juste ! », « C’est bien proportionné ! ».

On entend souvent dire : « Je ne sais pas dessiner, je serais incapable de représenter ce que je vois. » C’est cette idée qu’il faut surmonter – l’idée courante du dessin qui restitue le modèle observé – et s’abandonner, sans résistance, à cette nécessité intérieure qui dicte la trace.

Ayez des convictions ; et agissez selon vos convictions. Le reste n’est qu’une question d’organisation.

En voilà des paroles réconfortantes pour toutes les personnes qui disent ne pas savoir dessiner !

La répétition et le désir de perfection

L’enfant aime la perfection.
Et cela dans toutes les tâches qu’il aime pratiquer !

Il ne s’accommode pas de la moindre imperfection, tout comme un musicien ne supporterait pas de jouer sur un instrument désaccordé. Il faut l’encourager à la maîtrise de la technique pour qu’il puisse écarter les obstacles et se donner les moyens d’une véritable spontanéité.

La répétition est essentielle pour arriver à la maîtrise d’un geste. La variété des expériences et des techniques artistiques n’est pas primordiale. Lorsqu’un atelier plaît à un enfant, il ne faut alors pas hésiter à lui proposer à nouveau, encore et encore.

Tracer, c’est faire un geste. C’est mettre en service une énergie disponible, une énergie qui s’use comme celle d’une batterie et qui, à un moment, ne sera plus suffisante pour tracer encore. Épuisé, le petit enfant dépose alors l’outil de son plaisir. Mais il se souvient de son plaisir et le désire à nouveau.

La répétition accroît la jouissance. Le plaisir ne faiblit pas ; seule la capacité d’effort s’amenuise et oblige à faire relâche. Mais déjà est acquise la certitude que ce jeu est inépuisable. Et cette certitude est aussi rassurante.

Ainsi naît, renaît, perdure le plaisir de tracer ; et la répétition rend ce geste plus sûr, la trace moins hâtive. Déjà les capacités motrices s’affirment ; les mouvements se détendent, et la trace devient plus concise.

Arno Stern insiste sur le fait que proposer des activités diverses et variées sous prétexte d’exploration est, en vérité, une incitation à la facilité et, surtout à l’instabilité. Elle est les contraire de la concentration.

La dispersion n’est pas un enrichissement. À la culture de bazar, je me plais à opposer l’austérité du Closlieu. Car elle suscite l’ardeur.

La Formulation résulte de la concentration et elle s’intensifie par la répétition. Elle ne peut se développer dans la dispersion.

Extrait du livre d'Arno Stern – Heureux comme un enfant qui peint

Mais alors comment on fait ?

  • On propose une feuille de papier et un outil à l’enfant et on laisse faire !
  • L’enfant n’a pas besoin d’instructions. Il faut laisser dessiner sans accaparer leur jeu […] sans mépris et sans admiration;
  • On essaie de lâcher prise, de ne pas toujours tout prévoir, tout organiser ou inventer de nouveaux ateliers, de faire confiance en son enfant et en les activités déjà mises en place qui fonctionnent.
  • On l’accompagne on étant à son service.
  • On n’exige, ni de soi, ni de son enfant, un résultat.

Et que fait-on quand on a nous-même été limité dans notre spontanéité, qu’on ne dessine pas ou peu ou qu’on ne dessine que par l’observation ? C’est un peu la question que je me pose 🙂 Le mettre mot, une fois de plus est à mon avis l’observation, à bien l’observer nous saurons comment stimuler et respecter son acte créatif.

et le jour où la trace devient forme

Un jour, il semble à l’enfant reconnaître sans ce que sa main à formé, une analogie avec les caractéristiques d’un objet qui lui est apparu dans son environnement. La comparaison tient parfois à peu de choses, et elle n’est apparente que pour lui seul.
Cette comparaison introduit une nouvelle notion dans son jeu. À partir de ce moment, le tracer sera lié à l’idée de représenter.

La trace devient le moyen de représenter des formes : Pour le petit enfant, faire des pas est à soi seul une activité. Plus tard, cela devient seulement un moyen pour se diriger vers un but.

Certes l’enfant représente des choses dont il sait l’existence. S’il dessine une maison, c’est bien parcequ’il a vu des maisons ; s’il représente des arbres, des fleurs, c’est parce que ce sont des objets familiers à sa vie. Mais l’enfant ne reproduit pas le monde, il créé son monde, avec ce qui a de l’importance pour lui.

Comment est-il possible de priver les enfants de ce qui est le propre de l’enfant ?

Et pour nous, c’est trop tard ?

Absolument pas !
Prendre connaissance et conscience de tout cela est une première étape. Le Closlieu d’Arno Stern accueille également des adultes. En surmontant les habitudes d’un autre monde, en s’affranchissant de l’attente des autres et de la sienne, il est possible de se libérer de la spéculation, qui engendre la crainte d’échouer. Ce n’est pas facile ; c’est même très difficle

Heureux comme un enfant qui peint

Heureux comme un enfant qui peint

  • Auteur : Arno Stern
  • Photoraphe : Peter Lindbergh
  • 154 pages – 25,5 x 19,6 cm
  • Éditeur : Éditions du Rocher, 2005

Disponible très certainement en médiathèque,
en librairie ou ici sur internet.

Note : Le lien vers amazon est affilié, cela me permet d’être rétribuée d’une petite partie du prix de vente du livre et faire vivre ce blog, le prix d’achat reste le même pour vous !

Sommaire de nos livres préférés

Partager :

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *